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domingo, 28 de junio de 2015

Arrêt sur Images: MAROC : TRACASSERIES CONTRE UN JOURNALISTE SATIRIQUE

Par  le  - 20h53 - grrr !
Le gouvernement marocain tenterait-il d'empêcher un journaliste de lancer deux nouveaux journaux satiriques en le privant de ses papiers ? C'est ce qu'affirme Ali Lmrabet, journaliste marocain, dans le collimateur du régime depuis de nombreuses années. Dans les médias français, son témoignage, publié dans la section "invités" du site Mediapart, n'intéresse personne.
"Ces gens-là sont capables de me faire devenir un sans-papier marocain dans le seul but de m'empêcher de relancer mes journaux". De qui parle donc Ali Lmarebet, contacté cet après-midi par @si ? Du gouvernement marocain, qui en 2005, l'avait déjà condamné à l'interdiction de la profession de journaliste au Maroc pendant dix ans et qui, aujourd'hui, refuse de lui délivrer un certificat de résidence qui lui permettrait de relancer deux journaux satiriques.
L'histoire commence, ou plutôt recommence, le 11 avril 2015. Ce jour-là, le journaliste annonce son retour. "Aujourd'hui se termine ma peine. Je vais maintenant relancer mes journaux, avec d'autres noms". Pour succéder à Demain Magazine et Doumane, deux journaux satiriques, le premier en français, le second en arabe, le journaliste avait même déjà un nom : Après-demain, sur les conseils avisés de Cabu, dessinateur de Charlie Hebdo, assassiné le 7 janvier dernier par les frères Kouachi. Seul problème : pour lancer ses journaux, Lmrabet a besoin d'un passeport valable, et le sien expire le 24 juin 2015.
Le journaliste se rend donc au commissariat afin de demander un certificat de résidence, document indispensable à la demande d'un nouveau passeport. Il l'obtient rapidement mais le lendemain le commissaire le rappelle : "Il faut me rendre ce certificat. Sinon, je suis foutu. On m'a menacé de graves sanctions disciplinaires". Motif invoqué ? "Votre belle-mère a déclaré verbalement que vous n’habitez pas sur place". Réponse du journaliste, qui rend dans la foulée son certificat à la police en présence d'un avocat et d'un huissier de justice : "Ils ont prêté des propos à ma belle-mère qu'elle n'avait jamais tenus, pour justifier le fait de ne pas me délivrer de certificat de résidence". Et depuis ? L'association marocaine des droits de l'homme a écrit au chef du gouvernement marocain, au ministre de l'intérieur, au ministre de la justice, au délégué interministériel aux droits de l'homme et au président du Conseil national des droits de l'homme au Maroc, mais pas de réponse.
HUIT MOIS DE PRISON FERME ET DEUX GRÈVES DE LA FAIM
Ce n'est pas la première fois qu'Ali Lmrabet est dans le viseur du gouvernement marocain. En 2003, le journaliste avait été condamné à quatre ans de prison ferme (la peine avait été ramenée à trois ans après appel) après avoir publié un article sur le budget royal, prétendant qu'il était vingt-sept fois supérieur à son homologue espagnol. Une peine qui avait inspiré à Charb, dessinateur de Charlie Hebdo, le dessin suivant :
Le journaliste sort finalement de prison après huit mois et deux grèves de la faim, après avoir été gracié par le roi Mohammed VI sans l'avoir demandé. En 2005, le journaliste est à nouveau condamné, mais cette fois-ci à dix ans d'interdiction d'exercer sa profession. Raison invoquée ? Avoir déclaré, dans un journal qui n'est pas le sien, que les réfugiés sahraouis des camps de réfugiés de Tindouf, en Algérie, étaient des "réfugiés" et non des "séquestrés du Front Polisario" comme préfère l'entendre le gouvernement marocain.
Afin d'alerter les médias français sur sa situation, le journaliste a publié, le 15 mai dernier, un texte dans la partie "invités" du site Mediapart. Comment explique-t-il que, près de quinze jours plus tard, aucun média français n'ait repris son témoignage (alors qu'à l'étranger, le site américain Newsweek s'est penché sur le sujet) ? "On s'intéresserait beaucoup plus à moi si j'étais algérien, c'est beaucoup plus facile pour la presse française, au regard des bonnes relations de son gouvernement avec le roi du Maroc, de taper sur l'Algérie que sur le Maroc", estime le journaliste.

Mediapart: Ali Lmrabet chez Ubu Roi du Maroc

 |  PAR LES INVITÉS DE MEDIAPART

On savait que le régime marocain n'aime pas la presse libre et frondeuse. Le journaliste Ali Lmrabet, un temps emprisonné puis interdit professionnel, connu depuis des années pour dénoncer les turpitudes grandes et petites du royaume sur son site Demain online, est aujourd'hui menacé de se voir privé de papiers. Il raconte cet ordinaire bureaucratique de la répression.
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Le 11 avril 2015, le jugement moyenâgeux qui m’avait condamné en 2005 à l’interdiction de la profession de journaliste au Maroc durant dix ans et à la fermeture de mes deux journaux journaux satiriques, prenait fin. Pendant ces dix dernières années, je n’ai bénéficié d’aucune mesure de « grâce » ni d’un seul jour de « réduction de peine ». J’ai intégralement purgé ma peine de dix ans de goulag intellectuel et professionnel durant lesquels je n’avais pas le droit d’écrire une seule ligne dans la presse écrite de mon pays, ni de donner mon avis sur les ondes d’une radio ou divaguer à la télévision. Rien. 
Mais pourquoi donc un pays aussi sympathique que le Maroc condamne un journaliste à ce cruel ostracisme ? Simplement parce que j’ai eu le malheur de déclarer à une publication qui n’était pas mienne que les réfugiés sahraouis des camps de réfugiés de Tindouf, en Algérie, sont des réfugiés, selon l’ONU, et non des « séquestrés du Front Polisario », comme le clame la propagande officielle marocaine.
Ce n’est pas une opinion personnelle, ce n’est pas un parti pris, c’est un fait. D’ailleurs, dans les documents diplomatiques révélés récemment sur Twitter par le hacker « Chris Coleman », on lit dans plusieurs missives officielles sous la signature du ministre marocain des affaires étrangères, que les populations de Tindouf sont bien des « réfugiés », et il n’y a, bien évidemment, aucune trace du terme « séquestrés ». Voir ci-dessous:
Après le goulag sous les palmiers, je me suis cru, le 11 avril 2015, enfin de retour dans le giron national et autorisé à quémander un récépissé de création d’un journal. Mais c’était sans compter avec un certain Mohamed Hassad, notre puissant ministre de l’intérieur. Depuis le 20 avril dernier, ce ministre qui nous jette à la figure ses diplômes français de l’Ecole Polytechnique et des Ponts et Chaussées, refuse obstinément de me délivrer un « certificat de résidence », un document exigé par l’administration marocaine pour renouveler ma carte d’identité nationale, qui m’a été subtilisée par trois policiers marocains lors d’une agression, et mon passeport qui arrive à expiration au mois de juin.
Pourquoi cet homme éduqué chez la crème de l’Hexagone, encore que je suis franchement désolé que les deux vénérables écoles dont il est le lauréat n’aient pas prévu des cours de démocratie et de droits civiques pour leurs étudiants en provenance des pays sous-développés, me refuse-t-il ce document ? Parce que sans cette attestation je vais bientôt me retrouver sans carte d’identité et sans passeport. Et un « sans-papiers », fusse-t-il marocain, ne peut évidemment pas prétendre créer un journal.
Elémentaire, mon cher Mohamed !
Je vous explique l’histoire. Par la voix de sa wilaya (préfecture) de Tétouan, où je réside au su et au vu de tous les mouchards et toutes les polices, secrètes et pas secrètes du régime, M. Polytechnique a fait savoir par un communiqué laconique que tout citoyen a droit à un certificat de résidence. Bien. Mais il a rajouté que l’adresse que j’ai indiquée, qui est celle de l’appartement de mon père, n’était pas la bonne et que par conséquent il n’était pas question de me faciliter ce fameux certificat. Bon. Voyons voir !
Premièrement, comment M. le ministre sait-il que je ne réside pas chez mon père ? Dans cette grande démocratie qu’est le Maroc, les services secrets ne filent pas à la trace les dissidents (j’en suis malheureusement un !), ne contrôlent pas leurs communications téléphoniques, ne surveillent pas leur marivaudage ni le caniveau où ils se soulagent. Nous ne sommes tout de même pas en Syrie.
Deuxièmement, comme nous ne sommes pas en Corée du Nord, je peux aujourd’hui habiter ici et demain là-bas. Ce qui compte c’est qu’à un moment donné je fournisse à l’administration une documentation censée accréditer mon adresse (factures originales, contrats, déclarations sur l’honneur, et autres preuves documentaires). Pourquoi donc, cette documentation a été jugée insuffisante par la wilaya alors qu’elle est amplement suffisante, et de loin, pour n’importe quidam ?
Troisièmement, comme je ne suis pas en fuite, tout le monde sait où je crèche à Tétouan, qui est une petite ville. Je reçois mon courrier chez moi et je dois avouer modestement que s’il y a quelqu’un de repéré et repérable à Tétouan, c’est bien moi. Pour preuve, quand l’ancien directeur du Monde, Jean-Marie Colombani et Slate m’ont poursuivi en justice en 2013 pour une série d’articles que je n’ai pas écrits mais qui sont parus sur le site Demain online (Tant pis pour ma pomme !), je ne me suis pas dérobé et j’ai bien indiqué à l’officier de police judiciaire de Paris qui m’avait contacté par mail, mon adresse à Tétouan. Celle qui se trouve sur ma carte d’identité (volée) et mon passeport. La même adresse que me conteste aujourd’hui le type des ponts et des chaussées glissantes.  Les avocats de Jean-Marie peuvent témoigner !
Quatrièmement, si toutes ces explications ne sont pas suffisantes, pourquoi le ministère de l’intérieur, qui est le département sécuritaire le mieux informé du Maroc, ne me délivre-t-il pas un certificat de résidence avec la bonne adresse ? Ou m’indiquer les modalités pour l’obtenir.  
A moins que derrière ce refus compréhensible, illogique et ubuesque, se cachent des desseins inavouables. Ce soupçon me pousse à raconter une situation surréaliste qui a eu lieu, qu’Allah en soit remercié parce qu’on m’aurait accusé d’exagération, devant témoins.
Le 22 avril 2015, c’est-à-dire un jour après le refus de la wilaya de Tétouan de me délivrer ce certificat de résidence, le commissariat du 2ème arrondissement de Tétouan, qui est la circonscription du mon quartier, m’a facilité sans aucun problème ce document. Mais au lieu de me taire, j’ai fait part sur mon site, Demain online, de mon profond étonnement qu’un département dépendant du ministère de l’intérieur (commissariat du 2ème arrondissement) m’ait délivré ce certificat, alors qu’un autre département (la wilaya) dépendant du même ministère de l’intérieur me l’ait refusé.
Et alors là, il y a eu un branle-bas de combat comme on en voit de plus en plus ces derniers temps dans ce royaume malheureux. Le 23, je recevais sur mon portable un appel téléphonique catastrophé du commissaire du 2ème arrondissement, Mohamed Najib, qui me conviait à son bureau « de toutes urgences » muni de mon fraîchement obtenu certificat de résidence.
Ce qui va suivre, et dont furent témoins mon avocat Lahbib Haji et un huissier de justice, est absolument ahurissant.
Début de la conversation :
Commissaire Mohamed Najib : Il faut me rendre ce certificat. Sinon, je suis foutu. On m’a menacé de graves sanctions disciplinaires.

Ali Lmrabet : Mais pourquoi ?
Commissaire Najib : On m’a dit en haut lieu que si vous ne rendez pas ce document, je serais très durement sanctionné. Je suis diabétique, j’ai de l’hypertension et il ne me reste que quelques années de service avant la retraite. Je ne veux pas de problème. SVP, rendez-moi ce certificat !  
Ali Lmrabet : Excusez-moi M. le commissaire, ai-je droit à ce document ? Ai-je commis une quelconque fraude pour l’obtenir ? Si c’est le cas, il faudrait me dénoncer. Vous seriez couvert.
Commissaire Najib : Non, parce que votre fiche de police, où sont concentrés tous les renseignements sur vous et où est apposée votre photo, se trouve ici, au 2ème arrondissement. Avant de vous remettre le certificat, je me suis renseigné. Vous résidez bien dans ma circonscription.
Ali Lmrabet : Donc, je n’ai commis aucune infraction.
Commissaire Najib : Non, mais c’est comme ça. On m’a dit qu’avant de vous remettre le moindre document j’aurais dû en référer en haut lieu.
Ali Lmrabet : Mais c’est absurde ! Je ne suis pas Ben Laden ni Abou Bakr Al Baghdadi. Je ne suis pas recherché par la police ni par la justice et aucun jugement ne m’a privé de mes droits civiques. Je suis un citoyen qui a demandé un simple certificat de résidence pour renouveler sa carte d’identité et qui l’a obtenu le plus légalement du monde.
Commissaire Najib : Je sais mais je vous demande un geste de miséricorde. Ma carrière et celle de la fonctionnaire qui a rédigé le certificat en dépendent. Au nom de la confraternité qui vous unit à mon frère, qui est journaliste à Casablanca, je vous demande de me rendre ce document. De toutes façons, vous allez en recevoir un autre, demain c’est sûr, c’est votre droit. 
Ali Lmrabet : Je vous le rends parce que je considère que vous êtes une victime collatérale de cette fâcheuse affaire. Mais comprenez que je vais me retrouver sans un document officiel qui accrédite mon adresse.
Le certificat de résidence, accordé puis retiré en catastrophe par la police.
Fin de la conversation.
Avant de partir, en guise de reconnaissance pour mon « geste », le commissaire m’a fait le salut réglementaire. Mais depuis, son portable ne répond plus, et quand je me présente au commissariat pour faire ma demande il est toujours en réunion. La miséricorde a toujours été à sens unique au Maroc.
J’ai bien entendu essayé de savoir en quoi s’est justifié l’ingénieur des Ponts et Chaussées pour me refuser un simple document accréditant ma résidence. J’ai appelé le ministre de la justice et des libertés (sic), El Mostafa Ramid, qui, à mon grand étonnement, avait l’air de connaître mon affaire. « Votre belle-mère a déclaré verbalement que vous n’habitez pas sur place », m’a dit cet ancien activiste des droits de l’homme, et surtout avocat. « Mais monsieur le ministre, vous qui êtes avocat, même si ma belle mère fait une déclaration à la télévision, ce qui n’est absolument pas le cas, elle n’est pas la propriétaire des lieux. C’est mon paternel qui l’est. Or, mon père a fait, lui (ainsi que cette belle mère complétement dépassée par ce qu’on lui prête mille choses), une déclaration sur l’honneur accompagné de plein de documents accréditant que je réside bien chez lui. Je voyage souvent, je peux avoir provisoirement habité ailleurs sans pour autant changer d’adresse de résidence. Et puis, de quoi parle-t-on ? Un certificat de résidence pour renouveler ma carte d’identité. C’est tout ! », lui ai-je répondu.  
« Euh… Comment ? Quoi ? Ecoutez, je vais essayer de me renseigner et je vous rappelle ». Bye bye !
Depuis deux semaines, je n’ai plus aucune nouvelle. Ni du ministre des prétendues libertés, ni du chef du gouvernement, ni du ministre de l’intérieur, ni du délégué interministériel des droits de l’homme, ni, non plus, du président du Conseil national des droits de l’homme (CNDH), tous contactés par les soins de l’Association marocaine des droits humains (AMDH).
Vous suivez ? Vous comprenez un peu cette mascarade inouïe ? Comme l’a si bien résumé le site arabophone Goud : « Le ministère de l’intérieur dirigé par Mohamed Hassad est devenu fou. La wilaya de Tétouan d’où partent le plus fort contingent de jeunes marocains qui rejoignent les rangs de Daech (l’organisation de l’Etat islamique), selon des chiffres publiés récemment, n’a rien trouvé de mieux à faire qu’à molester le journaliste Ali Lmrabet pour l’obtention d’un simple certificat de résidence ».
Il aurait dû rajouter que depuis la nomination de M. Hassad au ministère de l’intérieur, le Maroc a connu un assez conséquent saut dans la répression.
Depuis le mois de juillet, l’administration dirigée par notre polytechnicien a interdit 75 fois (oui, soixante-quinze fois !) les activités de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Son ministère a bien été condamné à deux reprises par la justice administrative pour abus de pouvoir, mais il n’en a cure. Il cherche toujours à délester cette association, qui n’est pas islamiste, précision qui s’impose par les temps qui courent !, de son statut d’utilité publique ; et refuse de constater par écrit, comme l’y oblige la loi, les modifications des statuts et le changement des dirigeants des sections de l’AMDH. Avec le but non avoué, comme pour mon pauvre certificat, de pousser vers l’illégalité la plus importante association de défense des droits de l’homme du Maroc et du monde arabe.
Et il n’y a pas que ça. Le ministère de l’intérieur refuse d’accepter le dossier de constitution deFreedom Now, une association de défense de la liberté d’expression et sa police est à l’origine de la récente expulsion musclée du Maroc des deux journalistes français (Jean-Louis Perez et Pierre Chautard), et de la condamnation à dix mois de prison du journaliste marocain Hicham Mansouri, dont le domicile a été investi et lui-même tabassé pour « adultère ». En fait, pour maintenir une relation amoureuse avec une femme mariée, mais qui ne l’avait pas inscrit sur son front.
Etrange accusation tout de même dans un pays qui produit, avec le cannabis et les coupeurs de têtes de Daech, la plus nombreuse légion de prostitués du monde arabe et dont la vitrine touristique, Marrakech, est tout sauf une ville sainte.
Voilà ! Pour m’empêcher de relancer mes journaux, Monsieur le ministre me prive de mon droit inaliénable et élémentaire à une carte d’identité nationale. Dans l’histoire récente du Maroc, durant le protectorat franco-espagnol ou sous Hassan II, on privait bien l’indigène ou le sujet de son passeport, mais jamais de sa pièce d’identité.  En 2003 on a interdit mes journaux satiriques, en 2005 on m’a interdit de l’exercice du journalisme, en 2015 on cherche à m'interdire administrativement.
Je finis cette lettre en lançant un appel. Un appel à tous ceux qui ne savent pas ce que veut dire être un homme à qui on veut couper les mains et la langue pour l’empêcher d’écrire, de dessiner et de parler. Un appel à ceux qui ne savent pas que d’être un « sans-papiers » dans son propre pays. Et enfin, un appel à ceux qui sont sortis le 11 janvier pour défendre la liberté d’expression. Je leur dis : j’ai besoin… que dis-je ? Nous avons besoin de votre soutien et de votre compréhension !
Ali Lmrabet

sábado, 27 de junio de 2015

Demainonline: « Al Ahdath » et les « autres » attaquent Ali Lmrabet

Le quotidien Al Ahdath Al Maghribia, dont tout le monde sait à qui il appartient, s’est attaqué aujourd’hui de manière violente au journaliste Ali Lmrabet.
Au lieu de défendre son droit à l’obtention de ses papiers d’identité, dont il est privé arbitrairement par le régime depuis le 25 juin, Al Ahdath Al Maghribia a préféré accuser le journaliste d’avoir « reçu de l’argent de l’Algérie ».
« Ali Lmrabet dans une position incommode à cause de l’argent de l’Algérie », a titré le quotidien.
Cette accusation est une vieille ficelle qui ne trompe plus personne mais qui a l’avantage de prouver qu’il y a une certaine nervosité au sommet de l’Etat.
Assurer par exemple, comme le fait ce « journal », que le représentant officiel de l’Algérie était présent à la conférence de presse du journaliste est un mensonge éhonté et une falsification indigne des faits. Et même si l’ambassadeur y avait été, de quoi serait coupable le journaliste ? De ne l’avoir pas jeté dehors ?
Affirmer qu’il y avait des polisariens dans la salle de conférence et oublier de préciser que le nombre des membres du CORCAS et d' »envoyés spéciaux » était infiniment supérieur à celui des suiveurs de Mohamed Abdelaziz, n’est pas très honnête.
Ali Lmrabet a parlé de la liberté d’expression au Maroc et des accusations qui lui ont valu sa condamnation à dix ans d’interdiction de sa profession de journaliste en 2005. Ni plus ni moins.
Il a posé quelques questions simples : Pourquoi a-t-il été condamné en 2005 à 10 ans d’interdiction de la profession de son métier de journaliste pour une phrase,« les réfugiés sahraouis de Tindouf sont des réfugiés selon l’ONU et non des séquestrés du Polisario », et pas l’hebdomadaire Tel Quel qui, en 2008, a fait un excellent reportage sur la question en allant à Tindouf ?
Il a lu un passage d’un article publié par Tel Quel lors de ce reportage à Tindouf. Le voici !

viernes, 26 de junio de 2015

Tel Quel: Devant un organisme onusien, Ali Lmbaret entame une grève de la faim illimitée

Privé de papiers d’identité, le journaliste Ali Lmrabet entame une grève de la faim illimitée devant une institution onusienne.

Le journaliste Ali Lmrabet a entamé mercredi 24 juin une grève de la faim illimitée devant le siège du conseil des droits de l’homme de l’ONU.
Le journaliste explique cette décision par la privation de ses papiers d’identité. «Après plus de deux mois de vaines tentatives pour renouveler dans ma ville natale, Tétouan, mes papiers d’identité (ma carte d’identité nationale électronique et mon passeport biométrique) » écrit Lmrabet dans un communiquépublié sur le site qu’il dirige demainonline.com .
Le journaliste a choisit d’entreprendre son action devant cette institution onusienne car elle est «censée être le dernier rempart pour défendre le citoyen contre les dérives arbitraires de son gouvernement».
Le journaliste explique que «le refus obstiné du gouvernement marocain, a fait de moi arbitrairement à partir du jeudi 25 juin un ‘’sans-papiers’’ dans son propre pays». Pour autant, Lmbaret assure qu’il ne vas pas demander «l’asile politique en Suisse et je n’ai aucunement l’intention de rester dans la Confédération helvétique».
Son but serait seulement «d’exiger devant le siège de l’ONU, comme tout citoyen, des pièces d’identité pour relancer au Maroc mes journaux satiriques interdits en 2003, et par la même dénoncer l’autoritarisme qui nous gouverne».
Ali Lmrabet éditait au Maroc les hebdomadaires Demain Magazine et Doumane (arabophone) avant que ces publications ne soient interdites en 2003 au terme d’un procès pour « outrage au roi». Le journaliste avait alors été condamné à trois ans de prison ferme, avant d’être relâché en début 2004 à la faveur d’une grâce royale.
En 2005, il a été condamné à 10 ans d’interdiction d’exercer le métier de journaliste au Maroc. Une période qui a pris fin le 12 avril dernier.

jueves, 25 de junio de 2015

RSF (Reporters sans frontières): ALI LMRABET : “JE VAIS DEVENIR LE PREMIER SANS-PAPIERS NATIONAL MAROCAIN”

PUBLIÉ LE LUNDI 18 MAI 2015.

http://fr.rsf.org/maroc-ali-lmrabet-je-vais-devenir-le-18-05-2015,47902.html

Reporters sans frontières (RSF) condamne l’acharnement des autorités marocaines contre le journaliste satirique Ali Lmrabet. Interdit d’exercer ses fonctions de journaliste pendant dix ans après une condamnation pour diffamation, il se voit aujourd’hui refuser un certificat de résidence. Ce document est pourtant nécessaire au renouvellement de ses papiers et à la création d’un journal.
Depuis le 11 avril 2015, Ali Lmrabet, héros de l’information de RSF et ancien directeur des publications Demain et Demain Magazine (interdits depuis 2003), peut officiellement exercer à nouveau son métier de journaliste sur le territoire marocain. Dix ans après sa condamnation pour diffamation, il a annoncé publiquement son intention de relancer ses journaux satiriques. L’application de son projet reste toutefois complexe. Le journaliste a besoin d’un certificat de résidence pour obtenir une nouvelle carte d’identité nationale, et de renouveler son passeport qui expire le 24 juin, afin de créer un nouveau journal.
Or, les fonctionnaires de la ville de Tétouan refusent de lui délivrer ce certificat depuis le 20 avril dernier pour renouveler ses papiers. Selon un communiqué de l’administration locale sorti le 5 mai 2015 qui reprend les propos du ministre de l’Intérieur, les recherches entamées suite à la demande du certificat de résidence par le journaliste ont montré que ce dernier ne vit pas à l’adresse qu’il a communiquée dans la ville de Tétouan, et qui est celle de son père. Pourtant, il convient de souligner que le commissariat du deuxième arrondissement à Tétouan avait délivré ce document le 22 avril au journaliste avant de se rétracter le lendemain et de reprendre le certificat.
D’après les informations recueillies par RSF, le journaliste franco-marocain, lauréat du Prix“Reporters sans frontières - Fondation de France 2003" est pourtant bien en possession de documents conformes et nécessaires à la demande du certificat. Son adresse est bien celle de son père, et c’est celle qui figure sur son passeport.
“Reporters sans frontières se dit perplexe face à cette série d’obstacles administratifs dont fait l’objet Ali Lmrabet, déclare Virginie Dangles, adjointe à la direction des programmes de l’organisation. Les raisons liées au refus d’octroyer ce document ne sont pas claires. RSF exhorte les autorités marocaines à fournir le certificat demandé au journaliste afin qu’il renouvelle ses papiers. »
Empêché d’informer
L’Association marocaine des droits humains (AMDH) qui le soutient - et dont le président s’est prononcé à ce sujet en qualité de témoin - s’est adressée aux autorités marocaines pour leur demander d’intervenir au niveau national et local, sans toutefois recevoir de réponse.
Ali Lmrabet est convaincu que cette attitude vise à l’empêcher de sortir un journal. “Je vais devenir le premier sans-papiers national marocain” (...) je veux bien comprendre que le régime ne m’aime pas mais ils ne peuvent tout de même pas m’empêcher d’avoir des papiers d’identité”, déclare le journaliste, interrogé par RSF.
Son avocat Lahbib Mohamed Hajji a bien confirmé que les papiers du journaliste possédaient la même adresse que celle de son père, et que cette situation représentait une violation de son droit en tant que citoyen.
RSF a tenté à plusieurs reprises de contacter par téléphone et par mail le ministère de la Communication pour avoir leur version des faits, mais les autorités n’ont pour l’heure pas répondu aux sollicitations de l’ONG.
Le Maroc figure à la 130e place sur 180 au Classement 2015, établi par Reporters sans frontières.
(Crédit Photo : PEDRO ARMESTRE / AFP)

Le Temps (Suisse): Le purgatoire d’un journaliste satirique



Pendant dix ans, Ali Lmrabet a été interdit de faire son métier. A présent, il cherche des appuis à Genève pour relancer le journal satirique qui l’avait rendu célèbre
A Tétouan, le commissaire de police le lui a candidement avoué: «On m’a demandé de vous retirer votre certificat de résidence. Vous n’habitez plus ici.»Où habite donc le journaliste marocain Ali Lmrabet? Visiblement, les autorités de son pays souhaiteraient le rendre invisible. Comme si Ali Lmrabet n’existait tout simplement pas.
Au début des années 2000, pourtant, le journaliste créait la sensation dans son pays. A tel point que, trois lustres plus tard, les gens continuent de l’accoster dans la rue. Ils lui glissent qu’ils gardent encore, chez eux, à l’abri des regards, tous les exemplaires de son ancien journal satirique, Demain(Doumane, dans sa version arabe).
Un tirage de plus de 100 000 exemplaires, des articles et des dessins de presse franchement irrespectueux, un ton complètement inédit dans le pays: c’en était trop pour le pouvoir marocain, qui interdisait le journal, jetait son fondateur en prison et inventait de toutes pièces une peine inconnue dans le Code pénal national. Voilà le journaliste satirique interdit d’exercer son métier pendant dix ans dans son pays, sans possibilité de recours.
Cette période de purgatoire est aujourd’hui révolue, du moins en théorie. Ali Lmrabet est aussi indocile qu’obstiné. En marge des travaux du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, il a pris rendez-vous avec lerapporteur spécial sur la liberté d’expression; il a abordé journalistes internationaux et ambassadeurs. Il explique: «Pour obtenir une licence de travail, la loi exige un certificat de résidence au Maroc. Or, après me l’avoir délivré dans un premier temps sans sourciller, la police me l’a retiré le lendemain.» Plus piquant encore: dans quelques jours, le passeport marocain d’Ali Lmrabet arrive à expiration. Or, sans ce même certificat de résidence, pas moyen de renouveler les papiers d’identité. «Je vais devenir le premier sans-papiers national marocain», sourit-il.
Demain est prêt à renaître de ses cendres. Les locaux sont loués, l’équipe est constituée, le plan de parution établi. Le but est de rapidement dépasser le seuil des 100 000 exemplaires et de hisser le journal à la première place du pays. «La satire est un genre qui embarrasse particulièrement le pouvoir, note Ali Lmrabet. Nous pouvons nous moquer des personnes sans tomber dans l’insulte ou la diffamation.»
Au Maroc, personne n’a répondu aux requêtes du journaliste satirique, pas plus qu’à celles de l’organisation Reporters sans frontières, qui le soutient.«C’est comme si la question n’existait pas, ou peut-être comme si moi-même je n’existais plus.» Les partis politiques officiels restent de marbre. Seul un groupe islamiste toléré par le pouvoir, Justice et Spiritualité, a pris fait et cause pour le journaliste satirique.
Alors que, au Conseil des droits de l’homme, le Maroc s’est fait le héraut de la liberté d’expression, les pressions internationales se révèlent particulièrement discrètes à l’égard de ce pays considéré comme un «rempart» face à l’islamisme.
Entre deux rencontres à Genève, Ali Lmrabet finit par croiser Mohamed Aujjar, l’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU. Lui-même ancien journaliste, devenu ministre chargé des Droits de l’homme, le diplomate semble a priori l’interlocuteur rêvé. Il évoque un «malentendu», un simple quiproquo administratif. Ali Lmrabet disposera-t-il de ses documents avant le 24 juin, date à laquelle expire son passeport? «Nous y travaillons.»
Luis Lema
Source : Le Temps

Communiqué de presse : Ali Lmrabet, ses papiers d’identité et la grève de la faim



Après plus de deux mois de vaines tentatives pour renouveler dans ma ville natale, Tétouan, mes papiers d’identité (ma carte d’identité nationale électronique et mon passeport biométrique), et devant le refus obstiné du gouvernement marocain, qui a fait de moi arbitrairement à partir du jeudi 25 juin un « sans-papiers » dans son propre pays, de répondre à mes sollicitations, j’ai entamé mercredi 24 juin 2015, à 10h30, une grève de la faim illimitée.
Je la fais place des Nations, à Genève, en face du siège des Nations Unies, institution censée être le dernier rempart pour défendre le citoyen contre les dérives arbitraires de son gouvernement.
Je ne demande pas l’asile politique en Suisse et je n’ai aucunement l’intention de rester dans la Confédération helvétique.
Mon but est d’exiger devant le siège de l’ONU, comme tout citoyen, des pièces d’identité pour relancer au Maroc mes journaux satiriques interdits en2003, et par la même dénoncer l’autoritarisme qui nous gouverne et qui a fait de mon pays une propriété privée dont les résidents appartiennent corps et âmes au maître autoproclamé des lieux.
Mon sit-in et ma grève de la faim sont pacifiques. Ils se tiendront chaque jour place des Nations. Ils continueront chaque soir à la Maison des associations, dont les responsables ont eu l’extrême amabilité de m’offrir l’hospitalité.
Ali Lmrabet (lmrabet@gmail.com)
Genève le 25 juin, 2015