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martes, 28 de julio de 2015

El Watan: Ali Lmrabet, le banni du royaume

Un apatride. Le célèbre journaliste marocain Ali Lmrabet risque de le devenir. Il se trouve dans une situation où les autorités de son pays refusent de lui délivrer ses papiers d’identité. Kafkaien.

Alors qu’il venait de «purger» une peine aussi arbitraire qu’absurde, le privant d’exercer son métier de journaliste durant dix ans, il fait face à un autre acharnement : le refus par l’administration de son pays de lui délivrer un certificat de résidence pour pouvoir renouveler ses papiers d’identité marocaine.
Le pouvoir marocain excelle dans les méthodes les plus cyniques pour infliger les pires injustices à ce vaillant journaliste dont l’esprit d’indépendance n’a d’égal que celui des républicains du Rif, sa région natale. Lui qui pensait reprendre son activité de journaliste et relancer ses deux journaux suspendus en 2015 par la monarchie après la fin de l’interdiction, le 11 avril dernier,  voit son calvaire se prolonger.
Les autorités de son pays refusent de lui établir ses papiers d’identité nationale. Cela rappelle étrangement l’épisode d’Abraham Serfaty, l’opposant historique au régime de Hassan II.
Après plusieurs tentatives qui n’ont pas abouti, Ali Lmrabet a décidé d’entamer une grève de la faim illimitée devant le siège du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève pour faire entendre au monde entier la voix d’un homme privé de ses droits les plus élémentaires. Dans la tente qu’il a érigée, sous un soleil de plomb, notre confrère reçoit un vaste soutien international. Plusieurs organisations non gouvernementales interpellent le Maroc pour mettre fin au calvaire dont est victime Ali Lmrabet.
Des nobles de littérature et des personnalités du monde entier expriment leur solidarité et se disent scandalisées par l’acharnement de Rabat contre le journaliste. L’ancien DG de l’Unesco, Fréderico Major, le prix Nobel de littérature 2003, le Sud-Africain John Maxwell Coetzee, le célèbre réalisateur belge et Luc Dardenn sont à la tête d’une pétition internationale de solidarité.
Dans une tribune publiée sur le quotidien Le Monde, Elisabeth Badinter, philosophe ; Jonathan Littell, écrivain ; Ricardo Gutiérrez, SG de la Fédération européenne des journalistes (FEJ) et Jean-Marcel Bouguereau, ancien rédacteur en chef du Nouvel Observateur trouvent «inadmissible que le Maroc le prive de documents d’identité pour faire taire sa voix».
Le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme s’élève contre une «situation qui marque la volonté du gouvernement marocain de faire taire une voix dérangeante, alors que la liberté d’expression est un instrument fondamental pour la consolidation d’un Etat démocratique et est essentielle à l’éducation des citoyens et des citoyennes et contre l’obscurantisme et l’intolérance». L’ONG évoque le «retour d’anciennes pratiques tendant à faire prévaloir l’arbitraire de l’Etat sur les libertés individuelles».
Elle demande au gouvernement marocain de «délivrer, sans délai, son passeport à M. Lmrabet». De son côté, Reporters sans frontières (RSF) a saisi le roi du Maroc et exige que «les autorités de ce pays lui délivrent son passeport et son attestation de résidence à Tétouan, documents essentiels pour que le journaliste, interdit pendant 10 ans d’activité professionnelle, puisse enfin exercer à nouveau sa profession».
Un OS pour la monarchie
Pourfendeur d’une monarchie hégémonique aux pratiques du makhzen d’un autre âge, le natif de Tétouan, qui s’inscrit dans la filiation des républicains du Rif, ne s’est jamais laissé leurrer par les supposées ouvertures démocratiques louées du nouveau roi, au début des années 2000. A la tête d’un  hebdomadaire satirique au ton corrosif, Demain, Ali Lmrabet n’hésitait pas à s’engager sur des terrains «interdits» pour juger de la disponibilité de la monarchie à rompre avec l’horreur du règne de son père.
Accomplissant son travail de journaliste en toute indépendance, Ali Lmrabet prend le risque, non sans courage, de se rendre dans les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf, de donner la parole au leader du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz.
Et surtout, il «détruit» la thèse officielle selon laquelle les réfugiés sont séquestrés à Tindouf. Et les premières sanctions tombent. Le journaliste devient l’homme à bannir du royaume. L’année 2000, son journal Demain est interdit. L’année d’après, c’est lui-même qui est condamné à quatre mois de prison.
C’est le début d’un interminable acharnement. Profitant de l’état de grâce dont il jouissait, notamment auprès des dirigeants occidentaux, Mohammed VI ouvre un cycle de bâillonnement des libertés démocratiques et d’expression.
Un face-à-face entre un monarque mobilisant tous les moyens de l’Etat et un journaliste solidement armé pour défendre sa liberté et celle de la presse. C’est David contre Goliath.  2003, Lmrabet est condamné à quatre ans de prison ferme et le gouvernement ferme ses deux journaux Demain magazine et Doumane.  Et comble de l’absurde, le roi fait subir au journaliste une peine qui n’existe nulle part ailleurs.
Une interdiction d’exercer son métier durant dix ans. Interdiction d’écriture. Pour avoir eu le courage de dire et d’écrire que «les réfugiés sahraouis de Tindouf sont des réfugiés, selon l’ONU, et non des séquestrés». Une série de condamnations qu’il arbore sur une pancarte à Genève, comme le CV illustrant toute la difficulté d’exercer le métier de journaliste dans un pays légendairement hostile à la parole libre. A l’image de beaucoup de pays de la région.
Héros de la liberté de la presse dans un pays régenté par une monarchie surannée, Ali Lmrabet ne baisse pas les bras. Contraint de «traverser » le détroit de Gibraltar et de travailler pour des quotidiens espagnols, où il jouit d’une crédibilité considérable, tout en continuant d’alimenter son journal électronique Demain online, passant au crible toute l’actualité de son pays dans l’attente de retrouver sa liberté. Il ne se doutait pas qu’après dix ans d’interdiction, le Palais lui préparait une surprise. Mauvaise.
Par un procédé digne des méthodes staliniennes, le pouvoir marocain l’empêche d’obtenir un certificat de résidence pouvant lui permettre de renouveler ses papiers d’identité et reprendre son travail de journaliste. Une preuve supplémentaire que le Maroc du «fils de notre ami le roi» n’a pas changé.
 
Hacen Ouali

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